Les récits ternes de l’Amer mini-pièce / 2ème acte le 8 novembre 2011

Le 2ème acte d’une pièce-pas-de-scène. Et ça parle toujours de la mer, de sentiments et de sentiments amers.

Pis ça sent toujours bon la mouette et le merlan.

2ème acte.

Un galion dans la tempête au large des Açores. Ciel sombre.

(Les hommes, épuisés par le roulis incessant des derniers jours, s’affairent à maintenir à flot le 5 mâts)

Le mousse : "Matelot à terre, matelot à terre !"

Le second : "Faites venir le barbier en cale, et dé-sanglez moi cet homme ! Avant qu’il se brise le cou à la prochaine vague. Mais ramassez-le, incapables !"

(Deux hommes rentrent le blessé dans la carcasse de bois. Un éclair s’abat à moins d’un mile nautique, le tonnerre emplit l’air à et fait claquer les voiles repliées.)

Le second (marmonnant pour lui même) : "Qui est tu, océan ? Qu’attends tu de ces hommes ? Je ne sais même plus si je dois continuer à aimer ce dieu dont j’avais juste peur enfant, ou adorer ceux anciens dont on peux encore se rappeler, mais dont on ne peux plus dire les noms. On s’en branle après tout."

Voix narrative : "Une fois n’est pas coutume, l’immensité fait douter. Car quoi qu’on fasse, elle est là. Qu’on l’oublie ou s’en détourne, elle nous enserre délicatement."

(Le capitaine sort et avance péniblement sur le pont arrière, en direction de son maître d’équipage, la main sur le chapeau. Bourrasques fortes.)

Le capitaine : "Bon matin, le scorbut a fini par avoir raison de l’aumônier, second. Raide comme la rédemption."

Le second (psalmodiant)  : "O Thou that lieth dead but ever dreameth, Hear, Thy servant calleth Thee. Hear me Lord of Dreams !"

Le capitaine : "Assez ! Aucun calamar, aussi absurdement mariné soit-il par vôtre incroyable crédulité, n’interfère maintenant. Nous sommes juste perdus, à bout, mais nous aimons ça second, et demain sera beau ou ne sera pas."

Le second : "Je ne contrôle plus les craintes des hommes, capitaine."

Le capitaine : "Ils ont raison d’avoir peur, la peur les poussent à continuer à s’accrocher à la vie, elle vous pousse aussi. Vous cumulez désormais la charge d’aumônier."

L’équipage  : "Vague à tribord ! Tenez-vous !"

(wrssh rrssshgrrrrwhrwgruiiigruishhkwsh wssash grrrsh gsssh. Le bois craque, le 4ème mât se fend. Puis s’abat sur le pont, éclaboussant de bruit et d’écume le reste du navire.)

Voix narrative  : "Cette faculté qu’à le quotidien a des fois s’effondrer, de plus en wwshgrrrrsh, nous apprends à aimer nos moments de calme et de douceur, à les chérir et à les reproduire."

Le second (hurlant, paumes vers le ciel) : "Nous sommes perdus ! Fhtagn ..."

(Le capitaine s’avance vers son second d’équipage, l’empoigne par la gorge et serre, passe son bras sous le genou du pleutre et le renverse par dessus le bastingage du pont supérieur.)

(Le second s’écrase sur le pont principal, colonne brisée, stupéfaction des hommes)

Le capitaine : "Nous y sommes, messieurs. Le point de rupture. Patrick Swayze serait fier de vous."

(regards connivents de ces marins abimés par les embruns, dont la barbe négligée se dessine au rythme de chaque éclair supplémentaire.)

Le capitaine : "Oui nous y sommes presque, en attendant remâtez putain !"

L’équipage : "Nous y sommes capitaine ! Nous tâcherons d’y être."

Voix narrative : "Ils y arrivèrent. Pas tous. Et nulle part ailleurs on ne vit l’océan submerger les rives pour se mêler à la terre. Oh ça non, on a jamais vu cela. héhé. "

Fin du 2ème acte.